Aéroport d'Andem : la présomption de surévaluation du projet
Un surcoût estimé à près de 150 milliards par rapport aux prix les plus hauts du marché pose une question simple : où ira l'argent ?
L e futur aéroport d'Andem ne décollera peut-être jamais, mais sa facture, elle, a déjà atteint des sommets. À 259 milliards de FCFA, le projet pulvérise tous les standards régionaux et s'impose comme le symbole d'une gabegie d'État assumée.
Un coût hors marché, hors norme, hors-sol En Afrique centrale et de l'Ouest, les chiffres sont têtus. La construction ou la réhabilitation complète d'une aérogare de taille moyenne, même moderne et aux normes internationales, se négocie entre 42 et 110 milliards de FCFA. C'est la fourchette documentée pour des projets comparables au Sénégal, au Bénin, au Cameroun ou en Côte d'Ivoire. Andem affiche 259 milliards. Soit plus du double du plafond régional le plus élevé. Soit six fois le prix d'un aéroport flambant neuf à Cotonou ou à Brazzaville. Comment justifier un tel écart ? Par rien de tangible.
Les trois facteurs qui ne justifient rien : La capacité ? On nous parle d'une infrastructure moyenne. Pas d'un hub intercontinental à 4 pistes. Pas d'une plateforme capable de traiter 10 millions de passagers. Une piste, une aérogare, une vocation régionale. Or, c'est précisément ce format qui coûte 65 à 170 millions d'euros ailleurs. Pas 395 millions d'euros. Les infrastructures connexes ? Ailleurs, les 110 milliards incluent déjà les routes d'accès, les parkings, les zones de fret et les tours de contrôle. Pour atteindre 259 milliards à Andem, il faudrait y ajouter une ligne de TGV, une airport city avec hôtels 5 étoiles et un parc logistique digne de Dubaï. Ce qui n'est pas dans le projet. Le financement ? Le recours à des pools bancaires internationaux ou à la BAD renchérit un projet de quelques points, pas de 150%. Sauf à considérer que le taux d'intérêt cache en réalité des commissions occultes, des rétro-commissions et des marges de manœuvre politiques.
La mécanique bien huilée de la surfacturation : À 259 milliards, le coût d'Andem ne relève plus de l'ingénierie aéroportuaire, mais de l'ingénierie financière. Chaque mètre carré de tarmac devient de l'or. Chaque brique de l'aérogare vaut trois fois son prix sur le marché international. On ne construit pas un aéroport, on construit une rente. Ce surcoût de près de 150 milliards par rapport aux prix les plus hauts du marché pose une question simple : où va l'argent ? Dans le béton ou dans les poches ?
Dans les pistes ou dans les comptes offshore ? Un aéroport à ce prix-là n'est pas un projet de développement. C'est une dette que l'on fait porter sur des générations entières de contribuables pour un équipement dont la rentabilité est déjà douteuse. Le Gabon n'a pas besoin d'un aéroport le plus cher d'Afrique. Il a besoin d'un aéroport à son juste prix. À 259 milliards, Andem n'est pas une fierté nationale en devenir. C'est un scandale en béton armé avant même la pose de la première pierre.
