Désobéissance civile : Ondo Ossa veut transformer le 30 août en journée de résistance
Boycott de la fête de la Libération : Ondo Ossa défie Oligui depuis Paris.
3 0 août : Ondo Ossa appelle à la ville morte et déclare la guerre à Oligui avec l'ambition de faire dérailler les célébrations et il déclare que « les putschistes doivent partir ». Ainsi, Ondo Ossa veut lancer l'opération chaise vide dans l'optique de transformer le 30 août en journée de résistance.
Depuis son exil en France, le Pr Albert Ondo Ossa a franchi un nouveau palier dans la rupture et l'opposition depuis sa base arrière de Paris la capitale française. Dans une longue vidéo publiée le 2 août, l'ancien candidat consensuel de l'opposition à la présidentielle du 26 août 2023 a livré un réquisitoire sans concession contre le pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema. Qualifiant la récente visite d'État à Paris d'« inutile, nulle et sans intérêt », s'attaquant à la loi de finances rectificative 2026 et contestant l'accord d'Addis-Abeba sur l'île Mbanié, il a conclu par un appel explicite : « Une seule idée doit habiter les Gabonais : les putschistes doivent partir dans les meilleurs délais ». Cet appel, dans sa forme et son lexique - « Hasta la victoria siempre » - s'apparente à une proclamation de désobéissance civile.
Le boycott du 30 août, fête de la Libération : L'enjeu immédiat de cet appel est la journée du 30 août. Instituée au lendemain du coup d'État du 30 août 2023 comme « fête de la libération », journée nationale chômée et payée qui célèbre le « coup de libération » ayant mis fin à 55 ans de règne des Bongo, elle est devenue le totem de légitimité du régime. Pour le pouvoir, qui prépare déjà l'édition 2026 et a reçu le 12 août la communauté de l'Ogooué-Ivindo pour harmoniser les préparatifs de la célébration à Makokou, le 30 août incarne la « renaissance vers la souveraineté totale ». Pour Ondo Ossa, qui revendique toujours sa victoire à la présidentielle de 2023 - 30,77% officiellement contre 64,27% à Ali Bongo avant annulation du scrutin par l'armée - et qui avait boycotté la prestation de serment du général Oligui qu'il qualifiait de « fabrication », cette fête est une confiscation. Trois ans après, l'argument reste le même : l'armée a changé les dirigeants sans restituer le pouvoir aux électeurs. Appeler au boycott du 30 août, c'est donc tenter de vider de sa substance le rituel fondateur d'Oligui Nguema.
Analyse : une stratégie à haut risque 1. Le choix de l'exil comme tribune. Installé en France pour des raisons qu'il présente comme sécuritaires, Ondo Ossa bénéficie d'une liberté de parole totale mais s'expose à l'accusation de déconnexion. Le pouvoir, de son côté, présente la visite à Paris comme la consécration d'un partenariat renouvelé. 2. De la contestation électorale à la contestation morale. Le Pr Ondo Ossa ne conteste plus seulement des chiffres. Il conteste une méthode de gouvernement : délégation pléthorique de 300 personnes à Paris, confusion entre accords, protocoles et contrats, promesse de transformation de 700 000 tonnes de manganèse sans études énergétiques préalables. Son discours flirte désormais ouvertement avec l'appel à la désobéissance civile, un registre qui n'est pas nouveau chez lui. 3. Quelle portée au Gabon ? L'appel au boycott place les Gabonais devant un dilemme. Le 30 août est chômé et payé, très populaire dans une partie de la population qui y voit la fin du système Bongo. Décréter la désobéissance civile depuis Paris sans relais organisationnel sur le terrain, sans mot d'ordre précis - grève, ville morte, abstention aux cérémonies - risque de rester incantatoire. Mais il rappelle que la fracture originelle d'août 2023 n'est toujours pas refermée.
En appelant au boycott de la fête qui l'a fait tomber, Ondo Ossa rejoue son duel de 2023. Ce n'est plus Ali Bongo en face, c'est Brice Clotaire Oligui Nguema, élu en avril 2025 pour sept ans.
