Secteur aurifère : fini l'export brut, le Gabon veut boucler la chaîne de valeur
Trois ans après l'inauguration de sa raffinerie à Nkok, le Gabon impose le raffinage local, la traçabilité numérique et la création d'un stock stratégique d'or
A près quatre mois de suspension et d'audits de la filière aurifère, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a officialisé le 7 septembre 2026 à Nkok la nouvelle doctrine aurifère du Gabon. Au coeur du dispositif : l'interdiction d'exporter de l'or brut, le passage obligé par la Raffinerie Gabonaise de l'Or (RGO), un système de traçabilité avec estampillage QR, et la constitution d'une réserve souveraine. L'objectif n'est plus seulement de produire, mais de conserver la valeur au pays.
Libreville veut reprendre la main. En visite ce lundi 7 septembre 2026 à la Raffinerie Gabonaise de l'Or (RGO) de Nkok, le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, accompagné du directeur général de la Société équatoriale des mines (SEM), Jude Désir-Céleste N'Gwa Émane, a affiché une ambition claire : passer d'une logique d'extraction à la maîtrise totale de la chaîne aurifère. Inaugurée en juin 2023 dans la Zone d'Investissement Spéciale (ZIS) de Nkok, à une trentaine de kilomètres à l'est de Libreville, la RGO n'était jusqu'ici qu'une infrastructure industrielle d'une capacité de 7 à 10 tonnes par an. Elle devient désormais le pivot de la réforme. Selon la nouvelle doctrine dévoilée par le ministre, l'exportation d'or à l'état brut est désormais interdite et l'intégralité de l'or extrait au Gabon doit transiter par Nkok pour y être raffiné. Cette visite marque un tournant après des mois de suspension et d'audits. Le gouvernement veut tourner la page d'une filière longtemps confrontée aux failles de traçabilité, à l'activité informelle et aux pertes de valeur.
La réforme repose sur quatre piliers : 1. Assainir et contrôler. Après l'audit, le ministère a levé la suspension en signant ce même 7 septembre trois conventions de reprise avec la SEM pour les sites de Baniaka (Haut-Ogooué) et Koumba (Ngounié), cette dernière couvrant 160 km². 2. Tracer. Le Gabon instaure une traçabilité numérique renforcée, avec un encadrement des sorties et des achats et un système d'estampillage QR des lingots pour sécuriser la filière. Une coopération avec Abu Dhabi a d'ailleurs été nouée pour structurer cette formalisation. 3. Transformer localement. "Notre ambition est claire : assainir la filière, transformer davantage au Gabon et conserver plus de valeur au bénéfice de notre économie nationale", a réaffirmé le ministre à Nkok. La RGO n'est plus une simple usine, mais le pôle central d'une filière réorganisée. Stocker pour la souveraineté. C'est le changement le plus stratégique. Le gouvernement veut constituer un important stock de réserves d'or à la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) pour les générations futures. Thème de la visite : "De l'or extrait à l'or souverain".
Pourquoi c'est crucial pour l'économie? En cessant d'exporter un minerai brut à faible valeur ajoutée, le Gabon capte trois gains : la marge de raffinage, la maîtrise du prix via une grille nationale et une meilleure transparence budgétaire, et la création d'un actif de réserve qui renforce sa crédibilité financière et réduit sa dépendance au pétrole. C'est le passage d'une rente d'extraction à une rente de transformation et de souveraineté monétaire.
