Dépistage du cancer: les hôpitaux publics démunis hors période des campagnes octobre rose et novembre bleu
Dépistage du cancer au Gabon : entre campagnes de sensibilisation et réalité du terrain, l’accès aux examens préventifs semble encore poser question en dehors d’Octobre Rose et de Novembre Bleu.
N otre rédaction a testé le parcours de dépistage du cancer dans plusieurs structures de santé du Grand Libreville. Entre difficultés d’orientation et renvoi vers le secteur privé, cette expérience soulève une question : le dépistage préventif est-il réellement accessible toute l’année dans les hôpitaux publics ?
Au Gabon, le cancer semble avoir son calendrier. Octobre pour le rose, novembre pour le bleu… Mais que se passe-t-il entre deux campagnes lorsqu’un citoyen décide simplement de se faire dépister ? Pour le savoir, notre rédaction a tenté l’expérience. Direction l’Hôpital d’Instruction des Armées d’Akanda, qui abrite également l’Institut de cancérologie d’Akanda. Avec la volonté de sensibiliser et de toucher du doigt la réalité du parcours de dépistage, nous avons interrogé, en caméra cachée, le personnel et des patients pour obtenir rapidement une réponse. À la réception, notre journaliste pose une question toute simple : où peut-on effectuer un dépistage préventif du cancer de la prostate ? La réponse, elle, a de quoi surprendre : selon les indications qui nous sont données sur place, le dépistage ne se ferait pas le reste de l’année et serait principalement réalisé pendant les périodes de campagne. Nous n’inventons rien : l’élément qui suit vient corroborer cette assertion. En clair, si vous avez envie de vous faire dépister en dehors d’Octobre Rose ou de Novembre Bleu, il semblerait qu’il faille attendre que le calendrier sanitaire vous donne rendez-vous. Une situation assez particulière : le cancer n’attend pas la campagne, mais dans le Grand Libreville, le dépistage, lui, devrait-il attendre novembre ou octobre de chaque année ? Notre équipe poursuit alors son parcours vers d’autres structures, notamment du côté du PK9, à l’Hôpital d’Instruction des Armées. Même difficulté pour obtenir une réponse immédiate. À la suite de nos démarches, le constat semble se répéter : nous sommes finalement orientés vers une structure privée. Sur le terrain, notre constat interroge donc : le dépistage est-il véritablement accessible toute l’année ou devient-il surtout visible lorsque les campagnes de communication commencent ? La question mérite d’être posée au regard des chiffres. Selon le GLOBOCAN, de l’International Agency for Research on Cancer (IARC), le Gabon comptait une estimation de 1 573 nouveaux cas de cancer et 994 décès en 2025. Chez les hommes, le cancer de la prostate représentait environ 20,5 % des nouveaux cancers masculins estimés. Une enquête réalisée en 2025 auprès de 515 personnes a également mis en évidence plusieurs obstacles : connaissance insuffisante des signes précoces, difficultés financières et problèmes d’accès aux soins.
Le paradoxe est donc là : on sensibilise, on invite au dépistage, on organise des campagnes à coups de milliards… mais lorsque le citoyen décide spontanément de franchir la porte d’un établissement en dehors de la période officielle, le parcours peut devenir beaucoup moins évident. Alors, faut-il attendre octobre pour le rose et novembre pour le bleu pour espérer avoir la vie sauve ? Le cancer, lui, n’a visiblement pas reçu le calendrier des campagnes. Mais tout de même, notre rédaction ne généralise pas ce constat à l’ensemble du système de santé gabonais. Il s’agit du parcours que nous avons rencontré dans les établissements visités. Une expérience de terrain qui soulève néanmoins une question essentielle : dans quel établissement hospitalier public un Gabonais peut-il, aujourd’hui, demander un dépistage préventif du cancer de la prostate, toute l’année, sans attendre qu’une campagne soit lancée ? Parce qu’entre deux rubans, le cancer, lui, ne prend pas de congé. Il ne regarde ni le calendrier, ni la couleur du mois, encore moins nos campagnes de communication, parfois très coûteuses.
En octobre, on voit du rose. En novembre, on verra du bleu. Mais entre les deux… la maladie, elle, continue de faire son travail. Alors soyons sérieux : si le cancer n’attend pas novembre pour progresser, pourquoi le dépistage devrait-il attendre novembre pour commencer ? Car au-delà de cette hypocrisie administrative si tant est qu’elle soit avérée à l’échelle du système , un ruban ne soigne pas un cancer. Un dépistage, peut-être. Le cancer n’a pas de calendrier. Alors, notre prévention ne devrait pas en avoir non plus
