Henri-Claude Oyima : Banquier à Douala, Présidentiable à Libreville ?
Accueil hollywoodien à Yaoundé : simple PDG ou déjà Chef d'État ? Le PDG de BGFI Holding Corporation S.A en tournée sous-régionale pour la levée de fonds se positionne-t-il comme le futur président de la République du Gabon ?
D e Yaoundé à Douala, Henri-Claude Oyima poursuit le road-show de la 2ème phase de levée de fonds de BGFIBank sur le marché financier sous-régional. Mais au-delà de l'opération financière, c'est la mise en scène qui interroge : accueil digne d'Hollywood sur le tarmac de Yaoundé, longues files de personnalités venues le saluer, omniprésence médiatique et interviews enchaînées. Pour un banquier dont on dit que "l'argent n'aime pas le bruit", pourquoi une telle surexposition ? Simple opération de séduction des investisseurs ou travail méthodique d'une carrure présidentielle ? Décryptage.
L'image a marqué. À son arrivée à l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen, Henri-Claude Oyima, Président-Directeur Général de BGFI Holding Corporation S.A, est accueilli comme un Chef d'État. Sur le tarmac, une longue queue de collaborateurs, de partenaires et de responsables l'attend, poignées de mains, sourires figés pour les caméras. Dans les salons d'honneur, même ferveur. La séquence, largement relayée sur les réseaux sociaux, tranche avec la discrétion habituelle du monde de la haute finance.
Il faut dire que l'homme n'est pas venu pour une simple visite de courtoisie. Il conduit le road-show de la deuxième phase de levée de fonds de BGFIBank Group sur le marché financier de la CEMAC. Après l'étape de Yaoundé, direction Douala pour le 2ème Investor Meeting. Objectif affiché : convaincre les investisseurs sous-régionaux. Opération technique, donc. Alors pourquoi un tel déploiement médiatique ? C'est la question que beaucoup se posent. Depuis quelques semaines, les hommages à l'homme d'affaires se multiplient. Sur Facebook, sur LinkedIn, des messages personnels, parfois très lyriques, saluent "le digne fils du Gabon", "la fierté nationale", "le modèle de réussite". Des hommages que leurs auteurs présentent comme spontanés, citoyens, patriotiques. À l'image de ce message largement partagé : "Il y a des personnes que l'on ne peut pas simplement féliciter ; il faut aussi prendre le temps de leur rendre hommage..." Spontanéité réelle d'un peuple fier de voir l'un des siens porter haut les couleurs du Gabon dans la finance africaine ? Ou stratégie d'image savamment orchestrée ? Car le timing interpelle. Au Gabon, après la Transition, le champ politique reste ouvert et toute figure disposant d'un réseau, d'une assise financière et d'une image de bâtisseur est immédiatement scrutée comme présidentiable. Alors, posons les bonnes questions :
1. Henri-Claude Oyima prépare-t-il l'après-banque ? À la tête du premier groupe bancaire d'Afrique Centrale depuis plus de 15 ans, a-t-il atteint le plafond de verre du secteur privé et lorgne-t-il désormais vers le Palais du bord de mer ? 2. Travaille-t-il sa stature d'homme d'État ? Les voyages sous-régionaux, les accueils protocolaires, les interviews où il est interrogé bien au-delà de la finance, sur la vision du Gabon, de l'Afrique, de la jeunesse... Tout cela dessine les contours d'un discours qui n'est plus seulement celui d'un banquier. 3. Pourquoi ce bruit, si l'argent aime le silence ? C'est l'adage bien connu de la finance. Les grands argentiers cultivent la discrétion. Or ici, c'est l'inverse : caméras, photographes, communiqués, hommages relayés. Cette hyper-médiatisation est-elle nécessaire pour rassurer des investisseurs ? Ou sert-elle un autre objectif : installer un nom, un visage, une proximité dans l'opinion publique gabonaise et au-delà ?
Nous n'avons pas la réponse. Et il ne nous appartient pas de conclure à sa place. Ce qui est certain, c'est qu'Henri-Claude Oyima a réussi à transformer une opération de levée de fonds en événement politique et médiatique. Que ce soit voulu ou subi, l'effet est le même : son nom circule, son image s'impose, et les hommages pleuvent. À chacun, désormais, de se faire son opinion : s'agit-il simplement d'un patron qui réussit et qui assume sa notoriété, ou des premiers pas feutrés d'un futur candidat à la présidence de la République gabonaise ?
