Gabon porte plainte contre Perenco à Paris : Le Clan Ali Bongo en ligne de mire
Une procédure anti-corruption présumée qui pourrait faire jurisprudence
S elon Africa Intelligence, l'État gabonais vient de déclencher une procédure judiciaire explosive contre le géant pétrolier Perenco, accusé de blanchiment d'argent et de corruption active.
Déposée devant le parquet national financier (PNF) parisien, cette plainte s'appuie sur des preuves présumées accablantes : flux financiers occultes, pots-de-vin versés à des officiels gabonais et une optimisation fiscale déguisée en évasion pure et simple.
Du point de vue judiciaire, cette affaire est un cas d'école en droit pénal international. Perenco, filiale française opérant en Afrique centrale, tombe sous le coup des articles 324-1 et 435-1 du Code pénal français, qui répriment le blanchiment et la corruption transnationale. Les magistrats instructeurs du PNF, spécialisés dans les contentieux petroliers, disposeront d'outils redoutables : commissions rogatoires internationales vers Libreville et Ouagadougou (siège de Perenco), saisies de comptes offshore et expertise comptable sur des décennies d'exploitation offshore au Gabon.
"C'est une application stricte de la convention OCDE sur la corruption, couplée à la loi Sapin II", décrypte Me Laurent Guesdon, avocat pénaliste renommé. "Le Gabon, fort de ses réformes anti-corruption post-Ali Bongo, inverse la charge de la preuve : Perenco devra démontrer la transparence de ses 10 milliards d'euros de revenus gabonais annuels."
Les enjeux transcendent le prétoire. En cas de condamnation la peine pourrait atteindre 10 ans de prison ferme pour les dirigeants et 45 millions d'euros d'amende et elle pourrait également déboucher sur un gel des actifs de Perenco en France et ouvrir la voie à des recours civils pour restitution des fonds publics détournés.
Pour Libreville, c'est un signal fort : l'ère de l'opacité pétrolière est révolue. Perenco, silencieuse pour l'heure, risque de voir son modèle économique s'effondrer sous le poids de la justice française, gardienne zélée de l'intégrité africaine.
