AGROPAG au bord de la paralysie : salaires impayés et menace de grève générale
La crise sociale explose après la crise de gouvernance, la grève menace, les caisses sont vides
L 'entreprise agro-pastorale censée nourrir le Gabon n'arrive plus à nourrir ses propres employés. AGROPAG meurt de l'intérieur, un PCA qui claque la porte, des salariés qui n'ont plus de quoi vivre. Le projet phare agricole du Gabon presqu'à l'arrêt. La crise de gouvernance débouche sur une crise sociale, les salariés sans salaire depuis deux mois
Libreville - La Société Agropastorale du Gabon (AGROPAG), présentée comme la vitrine de la souveraineté alimentaire, est en zone de turbulence. Son Président du Conseil d'Administration, l'ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima, a annoncé son retrait en affirmant que l'entreprise « est en train de mourir ».
Une gouvernance paralysée : Au cœur de la rupture, un conflit ouvert entre le PCA et la Direction Générale. Raymond Ndong Sima dénonce une gouvernance défaillante et conflictuelle, marquée par la convocation de cinq conseils d'administration en seulement trois mois, sans la moindre avancée concrète sur le terrain. Selon l'ancien chef du gouvernement, le directeur général « fait ce que bon lui semble », agissant de manière autonome sans réelle concertation avec le Conseil. Une situation qui, selon lui, écarte AGROPAG de sa mission fondamentale de porter le développement agricole. Le cas illustre une fragilité plus large des entreprises publiques gabonaises, où l'autorité des directeurs généraux est régulièrement mise en cause face aux organes de contrôle.
La crise sociale s'ajoute à la crise institutionnelle : Au-delà du duel au sommet, c'est le fonctionnement même de l'outil qui est à l'arrêt. Selon les informations recoupées par la presse locale, une centaine d'employés cumulent deux mois de salaires impayés, tandis que le budget prévisionnel 2026 n'a jamais été présenté au conseil d'administration. Conséquence directe de cette paralysie budgétaire et du flou sur le transfert des actifs de l'ex-SAEG : des pertes de bétail déjà constatées sur le terrain, faute de validation des dépenses d'entretien et d'alimentation. Les salariés, qui menacent de faire grève, appellent désormais la tutelle du ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural, dirigé par Pacôme Kossy, à intervenir.
Un projet stratégique menacé : Créée en 2026 pour incarner la relance de l'autosuffisance alimentaire à travers des hubs régionaux et la mécanisation des bassins vivriers, AGROPAG devait rompre avec l'échec de la SAEG, dissoute après un an d'existence sans bilan public. Aujourd'hui, la démission fracassante de son PCA relance les interrogations sur la capacité de l'entreprise à respecter son calendrier et à honorer ses promesses environnementales. Entre réunions protocolaires à répétition et revendications salariales non traitées, le risque est clair : voir AGROPAG rejoindre le cimetière des acronymes agricoles gabonais, et avec elle, l'ambition de souveraineté alimentaire qu'elle était censée porter.
