Cancer dans les pays du Sud : l'AIEA transforme 100 millions d'euros en radiothérapie
AIEA - Initiative Rayons d'espoir : la radiothérapie comme levier d'équité sanitaire mondiale.
L e cancer tue à 70% dans le Sud, la réponse nucléaire de l'AIEA. De Vienne à Addis-Abeba : le pari réussi de Rafael Grossi contre le cancer. Radiothérapie pour tous : l'initiative de l'AIEA qui équipe 100 pays y compris 800 oncologues formés et 20 centres d'excellence.
C'est un paradoxe de la santé globale : le cancer tue davantage là où l'on soigne le moins. Près de 70% des décès liés au cancer surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, faute d'accès au diagnostic précoce et à la radiothérapie. Lancée en 2022 par le Directeur général Rafael Mariano Grossi, l'initiative Rayons d'espoir de l'AIEA voulait répondre à cette injustice. Quatre ans plus tard, à la veille de la 70e Conférence générale, le bilan est tangible et change d'échelle.
L'initiative, qui vise à aider les pays à revenu faible et intermédiaire à satisfaire leurs besoins urgents en médecine radiologique, a livré plus de 150 appareils de diagnostic et de traitement, dont 15 accélérateurs linéaires et 80 mammographes. Plus de 100 pays participent désormais au programme, qui a mobilisé plus de 100 millions d'euros de fonds extrabudgétaires. Au-delà du matériel, c'est une architecture de compétences qui s'est structurée. 20 centres d'excellence ont été accrédités comme pôles régionaux de diffusion des connaissances, permettant de former plus de 800 professionnels de l'oncologie à l'utilisation sûre et optimale de la médecine radiologique. Le Japon, à lui seul, a apporté plus de 10 millions d'euros, dont 5 millions pour des mammographes destinés à 22 pays africains.
Analyse : de l'aide d'urgence à la souveraineté sanitaire L'intérêt de Rayons d'espoir ne réside pas seulement dans les chiffres. L'initiative marque un tournant doctrinal pour l'AIEA. D'une logique d'équipement à une logique de système. Au début, l'AIEA livrait des accélérateurs. Aujourd'hui, elle livre un écosystème : appareil + assurance qualité + formation de physiciens médicaux + centre d'excellence régional. L'exemple du Niger, doté d'un accélérateur linéaire, d'un simulateur de tomodensitométrie et d'un système de planification avancé, l'illustre.
Le Forum scientifique de la 70e Conférence comme test de durabilité. Mettre en lumière les progrès, le rôle des centres d'excellence et les innovations est nécessaire, mais la question centrale demeure : qui paiera la maintenance, les sources radioactives et le renouvellement du personnel dans 10 ans ? Les 100 millions d'euros collectés sont un succès diplomatique, ils restent modestes face au besoin : l'Afrique subsaharienne ne compte toujours que moins d'un appareil de radiothérapie par million d'habitants, contre 5 à 8 en Europe.
En définitive, Rayons d'espoir est passé du statut de « catalyseur » à celui de programme structurant. Si l'AIEA parvient à transformer ses 20 centres d'excellence en véritables universités régionales autonomes, elle aura réussi à faire de l'atome non seulement un instrument de diagnostic, mais un vecteur d'équité.
