Sylvia Bongo au secours de Bilie-By-Nze : l'indécence d'une leçon de droit venue des geôles du régime Bongo
Bilie-By-Nze en prison à Libreville, Sylvia Bongo en avocate depuis Paris : l'imposture morale du clan Ali-Bongo.
L e clan Ali Bongo se soutient, Sylvia Bongo brise le silence non pour les Gabonais, mais pour le dernier Premier Ministre de son mari. Bilie-By-Nze rattrapé par la justice qu'il vantait hier est aujourd'hui frappé par l'effet boomerang. L'ancien Premier Ministre d"Ali Bongo goûte désormais à la détention provisoire qu'il a cautionnée hier notamment celle concernant l'incarcération du syndicaliste Jean-Remy Yama ou l'emprisonnement de l'opposant Bertrand Zibi Abeghe qui avait subit, en prison, des tortures et des sevices multiformes. Maintenant, Bilie-By-Nze fustige la justice indépendante qu'il célébrait sous Ali Bongo.
Il fallait oser. Sylvia Bongo Ondimba, ex-première dame du régime déchu d'Ali Bongo Ondimba, vient de rompre le silence depuis son exil pour voler au secours d'Alain-Claude Bilie-By-Nze. Détenu à la prison centrale de Libreville depuis le 16 avril 2026 dans une affaire d'abus de confiance remontant à 2008 et portant sur cinq millions de francs CFA - environ 7 600 euros - pour l'organisation de la Fête des Cultures, l'ancien dernier Premier ministre d'Ali Bongo voit ses recours rejetés. Ses avocats invoquent la prescription et dénoncent une détention arbitraire. Dans un message d'une sobriété calculée, Sylvia Bongo écrit : « Je ne me prononce pas sur le fond d'un dossier que je ne connais pas. Je rappelle seulement ce qui vaut pour tous : la liberté est le principe, la détention l'exception. Une accusation n'a jamais valu preuve. Mes pensées vont à son épouse et à ses enfants. » La formule est juridiquement irréprochable. Moralement, elle est insoutenable.
La mémoire courte des bourreaux devenus victimes : Qui parle ? Sylvia Bongo, épouse et cœur du système Bongo, sous le règne duquel la liberté n'a jamais été le principe, mais la concession. Qui est défendu ? Alain-Claude Bilie-By-Nze, dernier chef de gouvernement d'Ali Bongo, porte-voix zélé d'un régime qui, hier encore, théorisait l'indépendance de la justice gabonaise pendant que cette même justice enfermait à la pelle opposants, activistes, journalistes et militaires. Cet homme qui aujourd'hui se plaint - à juste titre - d'une interpellation sans convocation préalable à son domicile le 15 avril, d'une détention préventive pour des faits présumés de 18 ans, est le même qui, ministre et Premier ministre, expliquait que la justice suivait son cours lorsque Landry Amiang Washington, Bertrand Zibi Abeghe et tant d'autres croupissaient à Sans-Famille, dans des conditions dénoncées par tous les rapports internationaux comme relevant de la torture. Il réclamait lui-même en mars dernier un procès équitable pour Sylvia et Noureddin Bongo, détenus depuis 18 mois sans jugement, au nom de cette même justice indépendante et équitable qu'il invoquait alors. Le boomerang est brutal.
Le plaidoyer qui accuse ses auteurs : Le message de Sylvia Bongo est un aveu involontaire à charge contre elle-même et contre son protégé. À charge contre Sylvia Bongo : Lorsqu'elle rappelle que « la liberté est le principe, la détention l'exception », elle décrit exactement l'inverse de ce qu'a été la doctrine de son clan. Sous la présidence de son époux, la détention était la règle pour neutraliser, l'exception était la libération sous pression internationale. Lorsqu'elle écrit qu'« une accusation n'a jamais valu preuve », elle semble oublier que sous son règne, une simple accusation de la DGR suffisait à briser une vie. Sa compassion soudaine pour l'épouse et les enfants de Bilie-By-Nze aurait gagné à s'exprimer quand les épouses et enfants des prisonniers politiques du régime Bongo pleuraient les leurs. À charge contre Bilie-By-Nze : Il est le symbole le plus achevé de la réversibilité des dictatures. Hier chantre de l'État de droit Bongo, aujourd'hui victime du même État de droit à géométrie variable, il découvre à 57 ans, à la prison centrale, ce que signifie la prescription bafouée et la détention préventive comme arme politique. Il dénonçait en mars une élection « verrouillée » et appelait à battre le pouvoir « par les urnes », mais il a servi un pouvoir qui ne gagnait que par les armes de la fraude et de la peur. Leur solidarité d'aujourd'hui n'est pas de la compassion. C'est de la nostalgie de classe. C'est l'ancien monde qui se serre les coudes, non au nom des principes, mais au nom du sang et des intérêts 2partagés. Madame Bongo ne défend pas un justiciable, elle défend le dernier rempart de son système. Et Bilie-By-Nze ne découvre pas les vertus de la présomption d'innocence, il découvre seulement qu'elle ne s'applique plus à lui.
La justice gabonaise ne sera crédible ni quand elle enfermera les Bongo, ni quand elle enfermera les anti-Bongo pour 5 millions de 2008. Elle le sera quand elle cessera d'être l'arme des vainqueurs du moment. Pour l'heure, voir Sylvia Bongo donner des leçons de détention arbitraire est une indécence historique.
