RÉFORMER LE GABON : ET SI L’EXPÉRIENCE DES RÉFORMATEURS ÉTAIT AUSSI À RÉFORMER ?
Quand la volonté de transformer l’administration se heurte à une question essentielle : qui connaît réellement le terrain ?
R éformer l’administration gabonaise est une nécessité. Mais toute réforme sérieuse commence par une question simple, presque dérangeante : ceux qui veulent transformer le système connaissent-ils suffisamment celui qu’ils prétendent réformer ?
C’est précisément le sens de l’interpellation de Joseph Lapensée Essingone. Lorsqu’il demande : « Ceux qui viennent faire les réformes, eux-mêmes, au Gabon, ils ont travaillé dans quelle administration ? Quelles sont leurs prouesses ? », il ne pose pas uniquement la question du parcours des individus. Il interroge surtout la légitimité de leur expertise face aux réalités quotidiennes de l’administration gabonaise.
Car une administration ne se réforme pas uniquement avec des textes, des rapports ou des modèles importés. Elle se réforme avec une connaissance profonde de ses mécanismes, de ses agents, de ses dysfonctionnements et de ses contraintes. On ne peut pas réformer efficacement ce que l’on connaît seulement à travers des dossiers. L’argument des longues années d’expérience à l’étranger mérite donc d’être examiné avec lucidité. Avoir travaillé pendant 21 ans en France, par exemple, constitue certes une expérience professionnelle. Mais l’expérience acquise dans un autre environnement administratif ne garantit pas automatiquement la compréhension des réalités gabonaises.
Le véritable enjeu n’est d’ailleurs pas de choisir entre l’expertise étrangère et l’expertise locale. Le Gabon a besoin des deux. Mais il doit surtout être capable de transformer les compétences disponibles en solutions adaptées à ses propres réalités. La réforme de la fonction publique ne devrait donc pas être une simple opération de restructuration. Elle doit être une réflexion collective sur ce que doit devenir l’État gabonais : une administration plus efficace, plus équitable, plus responsable et surtout plus proche des citoyens.
Au fond, la question posée par Joseph Lapensée Essingone mérite de dépasser la polémique : avant de demander aux fonctionnaires gabonais de changer, sommes-nous certains que ceux qui conduisent le changement maîtrisent suffisamment les réalités du pays ? C’est peut-être là que commence la véritable réforme.
