Décharge de Mindoubé : l’incendie qui met Clean Africa face à ses propres contradictions
Depuis 48 heures, l’accumulation des ordures perturbe le quotidien des habitants du Grand Libreville. Pour Clean Africa, cette situation découle notamment de l’incendie survenu à la décharge de Mindoubé, une infrastructure que l’opérateur reconnaît lui-mê
L ’incendie de la décharge de Mindoubé ne provoque pas seulement une crise dans la collecte des ordures à Libreville. Il remet surtout en lumière la fragilité d’un système qui repose depuis deux décennies sur un site arrivé à saturation, alors même que la nécessité d’une solution alternative est présentée comme une problématique connue.
LIBREVILLE — Depuis 48 heures, les ordures s’accumulent dans plusieurs quartiers du Grand Libreville. Derrière cette nouvelle crise de salubrité, un incendie survenu à la décharge de Mindoubé, site utilisé depuis plus de vingt ans et désormais reconnu comme saturé par Clean Africa. Dans un communiqué diffusé ce jeudi, l’entreprise chargée de la propreté de la capitale présente ses excuses aux populations et explique que ses équipes sont mobilisées pour rétablir progressivement la situation. Elle remercie également les sapeurs-pompiers pour leur intervention lors du sinistre. Mais au-delà de l’incendie, c’est la gestion à long terme des déchets du Grand Libreville qui se retrouve une nouvelle fois sur la sellette. Car Clean Africa le reconnaît elle-même : Mindoubé fait face à une problématique connue après plus de vingt années d’exploitation.
Une reconnaissance qui soulève forcément des interrogations. Si la saturation du site était connue, pourquoi faut-il attendre qu’un incendie paralyse une partie de la chaîne de collecte pour mesurer l’urgence de la situation ? Le résultat, lui, est visible dans les rues : des déchets qui s’accumulent, des ménages confrontés aux nuisances et une capitale qui donne, une fois encore, l’image d’un système de gestion des ordures particulièrement vulnérable au moindre incident. Dans son communiqué, Clean Africa appelle également les populations à faire preuve de « patience » et de « civisme », tout en rappelant que la propreté de la ville relève d’une responsabilité partagée. Certes, le comportement des citoyens joue un rôle dans la salubrité urbaine. Mais la responsabilité partagée ne doit pas devenir une responsabilité diluée.
Les habitants peuvent être appelés au civisme. L’opérateur, lui, doit pouvoir répondre à une question simple : quelle stratégie avait été prévue pour éviter qu’une infrastructure dont la saturation était connue ne devienne le principal point de fragilité du système ? La réponse avancée par Clean Africa repose notamment sur le Centre d’Enfouissement Technique de Nkoltang, présenté comme la solution durable appelée à prendre le relais de Mindoubé. Problème : le communiqué ne fournit pas de calendrier précis concernant sa mise en service. Et c’est précisément ce manque de visibilité qui nourrit les interrogations. En attendant Nkoltang, le Grand Libreville reste dépendant d’un site que l’opérateur reconnaît comme arrivé à saturation.
L’incendie de Mindoubé apparaît donc moins comme un simple accident isolé que comme le révélateur d’une fragilité structurelle. Vingt ans d’exploitation, une saturation connue, un incendie et des rues qui se remplissent d’ordures : difficile, dans ces conditions, de demander uniquement aux populations de patienter.
La véritable urgence n’est plus seulement d’éteindre le feu à Mindoubé. C’est surtout de savoir quand et comment le Grand Libreville sortira définitivement d’un système qui semble attendre la crise suivante pour rappeler qu’il est à bout de souffle.
