Brazzaville, Yaoundé et Libreville, le FMI serre l'étau sur la CEMAC
Objectifs affichés, risques réels de surendettement, de dévaluation et de tension de trésorerie, les missions d'automne du Fonds monétaire international au Congo, au Gabon et au Cameroun
E n septembre, le Fonds monétaire international (FMI) a dépêché des missions au Congo, au Gabon et au Cameroun, préoccupé par leurs niveaux d’endettement et les risques que ceux-ci font peser sur la stabilité monétaire sous-régionale
La tournée des missions du FMI à Brazzaville, Libreville et Yaoundé s'inscrit dans un diagnostic que le Fonds répète depuis le début de l'année : la CEMAC cumule un double déséquilibre budgétaire et extérieur qui menace l'ancrage du régime de change à parité fixe avec l'euro. Les réserves de change se sont érodées sous la barre des six mois d'importation, à environ 4,5 mois, quand le taux de couverture extérieure demeure élevé, à 67 %, très au-dessus du seuil jugé d'urgence de 20 %.
Le point de bascule est connu : l'encours des titres publics de la zone a franchi le cap des 10 000 milliards de FCFA au premier semestre 2026, atteignant 10 219,3 milliards, en hausse de 17,8 % sur un an soit 12,9 % du PIB régional, contre 3,8 % en 2019.
Le premier objectif du Fonds est de faire aboutir la revue des politiques communes de la CEMAC, qui conditionne la mise en place et la poursuite des programmes nationaux appuyés par le FMI. Les chefs d'État l'ont eux-mêmes admis lors du sommet extraordinaire de Brazzaville du 22 janvier 2026, s'engageant à œuvrer « collectivement et individuellement » à la bonne exécution des programmes en cours et à la conclusion de nouveaux.
Concrètement, Washington attend de chaque capitale un alignement entre lois de finances et engagements de consolidation budgétaire, la maîtrise des dépenses courantes, la mobilisation de recettes intérieures non pétrolières, l'apurement des arriérés et le renforcement de la transparence des finances publiques. Le FMI presse aussi la BEAC de supprimer progressivement son guichet spécial de refinancement des projets productifs, jugé trop gourmand en devises étrangères — une recommandation que la banque centrale a gelée sans la concrétiser.
Au Cameroun, la mission note une économie « résiliente », mais confrontée à des tensions de trésorerie : la dette du secteur public atteignait 15 416 milliards de FCFA fin mars 2026, soit 44,3 % du PIB, et les intérêts absorberaient 9,5 % des recettes publiques en 2026, contre 6,9 % en 2021.
Le service de la dette croît donc nettement plus vite que les recettes, réduisant d'autant la marge de manœuvre des États. Au Congo et au Gabon, la combinaison d'une croissance molle (autour de 2,6 % à 3 %) et d'emprunts souvent contractés à des conditions de marché désavantageuses fait craindre un refinancement en roue libre : les nouveaux emprunts servent d'abord à rembourser les anciens.
Sur le plan monétaire, c'est la crédibilité du franc CFA qui est en jeu. Dans une union monétaire à parité fixe, l'érosion des réserves de change affaiblit l'assurance extérieure de la monnaie et ravive les spéculations de dévaluation.
Sur le plan financier, le marché régional du Trésor montre des signaux d'alerte : souscription insuffisante (72,44 %), participation limitée des sociétés de valorisation du Trésor, détention concentrée entre banques et investisseurs institutionnels, à dominante camerounaise autant de facteurs qui transforment un choc souverain d'un seul État en choc systémique pour les bilans bancaires de toute la zone. Le FMI l'a dit noir sur blanc dans son rapport camerounais : la saturation du marché des titres et l'exposition élevée des banques à la dette souveraine « accentuent la transmission des chocs régionaux » à l'exécution budgétaire et au refinancement de la dette.
Les résultats de ces missions seront décisifs pour la stabilité monétaire régionale en 2026 et au-delà : les programmes du FMI servent aussi de signal aux bailleurs et aux investisseurs. Le Cameroun espère boucler un nouvel accord d'ici octobre, en marge des Assemblées annuelles de Bankock en Thaïlande. Reste la question de fond, que pose déjà le bras de fer entre la BEAC et le Fonds sur le refinancement productif : jusqu'où sacrifier la croissance à la stabilisation, et la stabilisation à quel prix politique ?
