Dette publique : le Conseil des Ministres approuve un emprunt de 85 milliards de FCFA auprès de la BIRD
Un prêt de la Banque International pour la Reconstruction et le Développement ( BIRD ) pour financer les services de base, alors que l'audit de la dette dessine une trajectoire d'endettement mieux maîtrisée mais toujours coûteuse
L e Conseil des Ministres a approuvé un projet de loi autorisant l'État à emprunter 129,7 millions d'euros (85,078 milliards FCFA) auprès de la Banque internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), en faveur du Projet d'Accès aux Services de Base et d'Amélioration des Performances (PASBAP). Signé le 26 août 2026, ce financement sur 20 ans vise l'eau potable, l'assainissement et l'électricité, ainsi que le redressement de la SEEG. Il intervient au lendemain de l'audit de la dette, qui ramène le ratio d'endettement de 84,6 % à 68,91 % du PIB, sans lever les inquiétudes sur le poids du service de la dette sur les finances publiques.
Libreville — L'exécutif gabonais franchit une étape supplémentaire dans sa stratégie de financement du développement. Le Conseil des Ministres a examiné et approuvé le projet de loi autorisant l'État à contracter auprès de la BIRD un emprunt de 129,7 millions d'euros, soit 85,078 milliards de francs CFA. L'accord, signé le 26 août 2026, alimentera le Projet d'Accès aux Services de Base et d'Amélioration des Performances (PASBAP), qui ambitionne de renforcer l'accès des populations à l'eau potable, à l'assainissement et à l'électricité — notamment dans le Grand Libreville et dans des zones périurbaines et rurales. Le dispositif prévoit également l'amélioration des performances techniques, commerciales et financières de la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon (SEEG) et le renforcement du cadre institutionnel et réglementaire des secteurs concernés. Sur le plan financier, l'opération s'inscrit dans des conditions jugées favorables : un financement sur vingt ans, assorti d'un différé de cinq ans, à taux variable estimé à 4,79 %, remboursable en trente échéances semestrielles égales.
Un endettement révisé à la baisse après l'audit : Le timing de cet emprunt n'est pas neutre. Il intervient quelques jours après la publication des résultats de l'audit de la dette publique et des passifs exigibles de l'État arrêté au 31 décembre 2025. Selon ces conclusions, transmises mi-septembre 2026, le stock consolidé de la dette et des passifs exigibles s'établit à 9 524,643 milliards de FCFA , ramenant le niveau d'endettement de 84,6 % à 68,91 % du PIB nominal 2025 — donc sous le seuil de convergence communautaire de 70 % . L'encours de la dette publique proprement dite a culminé à 7 824,36 milliards de FCFA, en progression de 10,5 % par rapport à 2023 . Ces résultats, qui conditionnent les discussions avec le FMI, dessinent une image plus lisible du passif public, sans pour autant effacer la pression budgétaire.
Le service de la dette reste un poids lourd : C'est précisément sur ce volet que l'analyse doit rester prudente. Malgré les efforts de gestion de la dette, le service de la dette représentait 42,6 % des recettes publiques totales en 2024, limitant la capacité de l'État à investir dans les besoins sociaux . Pour 2026, le service total de la dette est évalué à 1 797 milliards de FCFA, dont 487,6 milliards rien que pour les intérêts, en hausse de 16 % par rapport au budget initial . Le Gabon, qui a réduit ses prévisions de recettes de 22 % et prévoit jusqu'à 1,5 milliard de dollars d'emprunts internationaux dans son budget révisé, reste sous surveillance des agences de notation et du FMI.
Un financement « bon élève » à double lecture : Le prêt BIRD se lit donc à double détente. D'un côté, il traduit la volonté de privilégier des financements concessionnels, à coût maîtrisé et à longue maturité, pour des infrastructures essentielles — une approche cohérente avec la stratégie de soutenabilité affichée après l'audit. De l'autre, il s'ajoute à un encours dont le service absorbe une part croissante des ressources rares de l'État. La question centrale demeure celle de l'efficacité : la transformation des services de base qu'il finance devra produire des retombées économiques et sociales à la hauteur des nouveaux engagements contractés, faute de quoi l'espace budgétaire du Gabon continuera de se réduire, au détriment de l'investissement et du développement.
