ONU-HABITAT : Libreville mise sur la ville résiliente pour répondre à la crise du logement
New York, vitrine d'une nouvelle doctrine urbaine pour le Gabon, confronté à un déficit de 225 000 logements et à l'explosion des quartiers sous-intégrés
E n marge de la 81e Assemblée générale de l'ONU à New York, le ministre Mays Mouissi a porté la voix du Gabon à la réunion de haut niveau du programme BCRUP d'ONU-Habitat. Retenu comme pays pilote, le Gabon annonce un projet de 50 logements pour familles en zones à risque, doté de 3 millions de dollars. Une première brique internationale qui s'inscrit dans un chantier national bien plus vaste : résorber une pénurie historique et mettre fin à l'urbanisation anarchique qui fragilise Libreville et les grandes villes du pays.
NEW YORK / LIBREVILLE - C'est un Gabon en quête de solutions concrètes qui s'est présenté à New York. Le Ministre du Logement, de l'Habitat, de l'Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a pris part à la réunion de haut niveau consacrée au programme Building Climate Resilience with the Urban Poor (BCRUP), en présence de la Directrice exécutive d'ONU-Habitat, Anacláudia Rossbach. L'objectif affiché par la délégation gabonaise est clair : faire sortir la résilience climatique des discours pour la transformer en toits, en rues viabilisées et en services de base. Pour le Gabon, pays pilote du programme, la première traduction se veut symbolique mais forte : la construction de 50 logements résilients destinés aux familles les plus vulnérables, celles installées dans des zones inondables et à risques. Un financement de 3 millions de dollars est annoncé pour cette phase pilote.
Au-delà de l'annonce, l'enjeu est structurel. Le pays traîne depuis 2015 un déficit estimé à 225 000 logements, un chiffre qui ne cesse de croître avec l'explosion démographique urbaine. Faute d'offre formelle et de terrains viabilisés, les populations s'installent de manière spontanée. Le résultat est visible à Libreville, Port-Gentil ou Franceville : un paysage urbain hétéroclite marqué par des contrastes, une occupation spontanée et anarchique du sol, des inondations récurrentes et des conditions précaires de vie. A la périphérie de la capitale, certains quartiers rattachés de manière anarchique sont devenus de véritables bidon-villes, que l'on appelle localement les "matitis". C'est à cette double urgence – sociale et climatique – que veut répondre la nouvelle stratégie du gouvernement. Le projet BCRUP s'articule d'ailleurs avec le programme national lancé le 2 juin dernier à Bikélé-Nzong par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui prévoit 8 100 logements sociaux sous le slogan "Un Gabonais, un toit".
Pour Libreville, l'adhésion au BCRUP ouvre trois perspectives majeures : 1. Planifier autrement : passer d'une urbanisation subie et incontrôlée à une planification qui réserve les zones non constructibles et anticipe les risques climatiques. 2. Construire résilient : promouvoir un habitat adapté aux inondations et glissements de terrain, avec des matériaux durables et un accès à l'eau, l'assainissement et l'électricité. 3. Financer la ville durable : capter les financements climatiques internationaux pour ne plus faire reposer le logement social sur le seul budget de l'État.
Les 50 logements annoncés à New York ne résorberont pas à eux seuls la crise, mais ils positionnent le Gabon dans un réseau de villes du Sud qui expérimentent un nouveau modèle : une ville moins vulnérable, plus inclusive, où le droit au logement devient le premier rempart contre le dérèglement climatique.
