Contrefaçon alimentaires : Huiles frelatées, jus toxiques, entrepôts clandestins
Usines clandestines et entrepôts fantômes : Formol, colorants, huiles mélangées : enquête au coeur du trafic alimentaire
L ibreville fait face à une crise de sécurité alimentaire qui laisse penser que les gabonais mangent et boivent la mort. Ce n'est plus une simple fraude. C'est une menace directe pour la vie de millions de Gabonais. En l'espace de quatre mois, l'Agence gabonaise de sécurité alimentaire -AGASA-, la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes -DGCCRF- et la DGSS ont multiplié les saisies records, révélant un système organisé de contrefaçon qui prospère au coeur des marchés les plus fréquentés du pays, dont le tentaculaire marché Mont-Boué à Libreville.
Mont-Boué, Owendo, Venez-Voir : l'épicentre du trafic Premier marché du pays, Mont-Boué est devenu le point de convergence des produits suspects. Si les opérations officielles sont menées sur l'ensemble du territoire, les agents ciblent en priorité les grands marchés populaires et les zones portuaires d'Owendo, porte d'entrée des conteneurs. Début mai déjà, l'AGASA annonçait l'interdiction de la commercialisation de plusieurs produits artisanaux très populaires à Mont-Boué - bissap, lait caillé, gingembre, glaces en sachet. Sur le terrain, les saisies se multiplient, comme en témoignent les opérations filmées par l'AGASA : "l'Agasa débarque sur le terrain Saisie de Bissap et de lait caillé non conformes".
Trois scandales qui révèlent l'ampleur du réseau 1. Les huiles alimentaires : Le 11 et 15 septembre 2026, la DGCCRF a ordonné le retrait immédiat du marché national de quatre marques très consommées : Viking, Rose, Cadeau et Mini Coco. Motif : des analyses de laboratoire ont révélé des "anomalies significatives" indiquant un "mélange frauduleux ou l'utilisation d'une huile de qualité inférieure". Les produits ont été déclarés "impropres à la consommation". Derrière ces marques se cache pire : une usine clandestine démantelée qui "reconditionnait de l'huile importée d'Inde sous une fausse marque avant de la commercialiser sur le marché gabonais". Selon la députée Justine Judith Lekogo, l'huile était reconditionnée "dans des conditions d'hygiène jugées alarmantes avant d'être vendue sous une marque connue".
Olam Palm Gabon, dont la marque a été contrefaite, a porté plainte. 2. Les boissons industrielles : Le 9 septembre, un simple signalement citoyen sur les réseaux sociaux a provoqué une saisie d'envergure. L'AGASA a procédé à "la saisie conservatoire de plusieurs cargaisons de jus des marques MOZO Juice et Gold". Les vérifications ont révélé que "les établissements importateurs de ces jus ne disposent d'aucune autorisation réglementaire d'importation". Une question brûlante : comment des tonnes de cartons franchissent-elles la douane sans autorisation? 3. Le formol et les produits avariés : Les contrôles ont aussi mis au jour 25 tonnes d'ailes de poulet saisies à Owendo et des pratiques venues d'ailleurs qui inquiètent : l'utilisation de formol par des commerçants véreux pour conserver viandes, poissons, bananes et légumes. Or le formol est une "substance chimique toxique et cancérigène utilisée pour la conservation des morts".
Un poison lent : quels risques pour votre santé? Il ne faut pas s'y tromper : consommer ces produits, ce n'est pas risquer une simple diarrhée. - Risque immédiat : intoxications alimentaires aiguës, gastro-entérites sévères, insuffisances rénales. - Risque chimique : Les huiles frelatées issues de mélanges d'huiles industrielles non alimentaires, les colorants et édulcorants industriels des jus contrefaits peuvent provoquer des lésions hépatiques. - Risque cancérigène : L'ingestion régulière de formol est classée cancérigène. L'inhalation et l'ingestion provoquent maux de tête, nausées et irritations graves. - Risque à long terme : L'antibiorésistance liée aux poulets avariés conservés au formol menace l'efficacité des traitements médicaux. Comme le rappelle la députée Lekogo : "Lorsque l'on touche à l'alimentation, on touche à la santé publique".
APPEL À AGIR - Les responsabilités doivent être établies Ce dossier ne peut pas être clos par de simples communiqués. L'indignation est légitime et l'Etat doit répondre. AUX AUTORITÉS : Nous saluons le professionnalisme de la DGSS, de la DGCCRF et de l'AGASA dont l'intervention a permis de démanteler ce réseau. Mais le travail ne fait que commencer. Nous exigeons, comme le recommande l'Assemblée nationale : La publication immédiate des analyses sanitaires des huiles Viking, Rose, Cadeau, Mini Coco et des jus MOZO et Gold. Un audit complet du système de contrôle des importations et des ports, car "des conteneurs de vingt pieds ne franchissent pas les frontières par hasard". Le renforcement des moyens de contrôle, des inspections plus fréquentes des entrepôts à Mont-Boué et dans les zones industrielles, et une meilleure coordination entre Douanes, AGASA et DGCCRF. Des sanctions pénales exemplaires. La loi prévoit des poursuites pour quiconque refuse de retirer les produits. Elle doit s'appliquer à toute la chaîne, sans distinction de nationalité ou de statut. Les rumeurs qui attribuent ces entrepôts à tel ou tel opérateur étranger - chinois ou ouest-africain - ne doivent pas faire diversion : seule l'enquête judiciaire établira les responsabilités.
AUX POPULATIONS : La vigilance est votre première protection. N'achetez plus et ne consommez plus les huiles Viking, Rose, Cadeau, Mini Coco. Vérifiez systématiquement l'étiquetage, la date, le lot et l'aspect du produit. Un jus dont la couleur vire est suspect. Boycottez les huiles reconditionnées sans scellé d'origine, les bissaps et laits caillés vendus sans chaîne de froid. Signalez tout produit suspect : numéro vert 805 et 8085, ou WhatsApp 06 10 01 93.
La santé des Gabonais n'est pas négociable. Comme l'a dit la députée Lekogo, "Les Gabonais ont droit à la vérité. Cette affaire doit conduire à des explications et à des réformes profondes".
