Gabon : L'heure des Écoles d'Ingénieurs a sonné
L'urgence d'une grande école d'ingénieurs : Former au Gabon ceux qui feront fonctionner le Gabon
E xporter brut, importer cher : le piège que seules les écoles d'ingénieurs peuvent briser. Défense nationale, cybersécurité, industrie : pas d'usines sans ingénieurs locaux. Le Gabon possède ses ressources naturelles, il lui manque ses ingénieurs, le chaînon manquant s'appelle École d'Ingénieurs.
LIBREVILLE Pendant plus de soixante ans, le Gabon a exporté sa richesse brute pour importer sa compétence. Pétrole, manganèse, bois, fer : nous avons vendu la matière et racheté le produit fini. Ce modèle est à bout de souffle. L'ouverture de véritables écoles d'ingénieurs sur le sol national n'est plus une option, c'est la condition de notre survie industrielle. Car comme le rappelle aujourd'hui la doctrine officielle, la possession des actifs ne suffit plus. La capacité à les faire fonctionner avec des compétences nationales devient elle-même un élément de souveraineté.
Le Gabon est le 2e producteur mondial de manganèse. Pourtant, nous l'exportons encore à 90% brut. Le gouvernement a fixé un cap historique : accélérer la transformation du manganèse et mettre progressivement fin à son exportation brute à l'horizon 2029, avec l'objectif de transformer jusqu'à 700 000 tonnes par an sur place. Mais qui fera tourner les fours de la ZES de Nkok, qui produira les ferroalliages, qui construira le chemin de fer Belinga-Boué et le port de Mayumba? Aujourd'hui, nous importons les ingénieurs qui importent les machines qui transforment nos minerais. Ouvrir une École des Mines, une École du Pétrole et du Gaz, une École de Métallurgie comme celle de Moanda en partenariat avec l'Université de Lorraine, c'est capter la valeur ajoutée ici. C'est créer des emplois qualifiés, fixer les revenus au Gabon et arrêter de payer deux fois : une fois pour l'expertise étrangère, une fois pour le chômage de nos jeunes diplômés généralistes. La souveraineté économique ne se mesure pas uniquement aux ressources extraites du sous-sol, mais également à la part des compétences nationales capables d'en maîtriser durablement les ressorts.
Un pays qui ne forme pas ses ingénieurs en informatique, cybersécurité, télécoms, data et intelligence artificielle confie ses données régaliennes, son administration, ses banques et ses hôpitaux à des prestataires étrangers. Sans ingénieurs réseaux gabonais, notre fibre optique nationale est une autoroute gardée par d'autres. Sans ingénieurs cybersécurité gabonais, chaque attaque est une capitulation. La souveraineté numérique ne s'achète pas sur étagère, elle se code dans nos amphithéâtres.
Une armée qui ne sait pas maintenir ses radars, ses drones de surveillance forestière, ses patrouilleurs ou ses ponts est une armée dépendante. Un pays qui doit faire venir un expert de l'étranger pour réparer une centrale électrique ou un barrage sur l'Ivindo est un pays vulnérable. L'ingénieur militaire, l'ingénieur génie civil, l'ingénieur énergéticien est le premier soldat de la souveraineté. C'est lui qui garantit que nos infrastructures stratégiques tiennent en temps de crise.
Former un ingénieur à Toulouse ou à Montréal coûte entre 40 et 80 millions FCFA à la famille et à l'État, pour souvent ne jamais le voir revenir. Former ce même ingénieur à Port-Gentil ou à Franceville coûte trois fois moins et il reste pour bâtir. Au sommet de l'État, l'objectif est désormais clairement affiché : faire du capital humain le moteur de la souveraineté économique. Cela passe par une priorité accordée à la formation du capital humain dans les filières scientifiques et techniques. 32d7 Le slogan doit devenir notre politique industrielle : Former au Gabon ceux qui feront fonctionner le Gabon.
Le Gabon a l'argent de ses ressources, il a la jeunesse de sa population, il a les projets de Nkok et de Bélinga. Il lui manque le chaînon : ses propres ingénieurs. Ouvrons les écoles. Le reste suivra.
