Gabon - FMI : pourquoi le nouveau programme financier patine
Mission achevée le 25 septembre sans accord, audit de la dette contesté et budget 2027 très endetté freinent le feu vert de Washington
L IBREVILLE - La mission du Fonds monétaire international au Gabon s'est achevée le 25 septembre 2026 sans annonce de programme. Conduite à Libreville du 14 au 25 septembre par Aliona Cebotari, elle a examiné les conclusions de l'audit de la dette publique, les orientations du budget 2027 et les réformes structurelles. Le FMI annonce la poursuite des discussions dans les prochaines semaines
C'est la deuxième mission en sept mois. La mission du FMI s'est achevée en septembre 2026 sans signature d'accord immédiat, mais les discussions techniques se poursuivent. Le Gabon a officiellement demandé un nouveau programme d'aide financière en mars 2026. Si les échanges ont notamment porté sur les conclusions de l'audit de la dette publique, l'évolution des finances de l'État et la politique budgétaire envisagée pour 2027, trois blocages expliquent le retard :
1. Le chiffre réel de la dette, premier point de friction Le titre est explicite : bras de fer avec le FMI sur le montant réel de la dette. Longtemps estimé à près de 80% du PIB, le stock a été audité à la demande du Fonds. Selon le communiqué du Ministère de l'Economie du 13 septembre 2026, le stock consolidé de dette et de passifs exigibles est arrêté à 9 524,643 milliards de FCFA. Un audit lancé le 17 juin 2026 a permis ce travail, selon les méthodes du FMI. Mais la validation finale du profil financier reste suspendue à un accord de partage de données avec les équipes techniques du FMI. Sans transparence totale sur les arriérés intérieurs, la dette d'entreprises publiques et les engagements avec Afreximbank, le FMI ne peut certifier la soutenabilité. 2. Une trajectoire budgétaire jugée expansionniste Le deuxième désaccord porte sur 2027. Dans le projet de loi de finances 2027, adopté le 18 septembre 2026 en Conseil des ministres, le Gabon prévoit de mobiliser jusqu'à 1 144 milliards de FCFA sur les marchés internationaux. Plus précisément, le Gabon prévoit ainsi de mobiliser 600 milliards de FCFA d'appuis budgétaires, 287,3 milliards de FCFA de prêts-projets, 300 milliards de FCFA de dette bancaire, 600 milliards de FCFA sur le marché financier sous-régional et pas moins de 1 144,1 milliards de FCFA sur le marché financier international. Le message est clair : c'est l'endettement, et non l'élargissement de l'assiette fiscale qui finance l'essentiel de la hausse du budget 2027. Problème : dans le même budget, les charges financières de la dette passeraient de 487,6 à 667,3 milliards de FCFA, tandis que les dépenses d'investissement reculeraient. Pour le FMI, qui invite à assainir la gouvernance des deniers publics depuis mars 2026, c'est l'inverse de la consolidation attendue.
3. La caution qui manque aux marchés Sans programme FMI, le Gabon paie plus cher. Le Projet de Loi de Finances 2026 prévoit des besoins de financement colossaux, estimés à 3200 milliards de fcfa. Faute d'un appui budgétaire du FMI, censé apporter à la fois des ressources financières et une caution de crédibilité auprès des autres bailleurs, Libreville doit se tourner vers des financements plus coûteux. Le calendrier de cette nouvelle émission coïncide justement avec la reprise des discussions avec le FMI. L'institution a indiqué que les échanges avaient notamment porté sur l'audit de la dette, l'évolution des finances publiques et les orientations budgétaires pour 2027. En clair, le FMI demande : chiffres définitifs de l'audit, trajectoire de déficit crédible et engagements de transparence avant d'ouvrir des négociations formelles sur montants et conditionnalités. Tant que ces préalables ne sont pas levés, Libreville devra financer son budget 2027 à 6 223,1 milliards FCFA largement par de la dette chère, sans le parapluie du Fonds.
